séminaire accueilli par le cehta/ehess
coordonné par anne creissels
maître de conférences en arts plastiques à l'université de lille 3, membre du ceac
docteure de l'ehess en histoire et théorie des arts, chercheure associée au cehta

contact : annecreissels(at)orange.fr
http://compagnieaplusb.blogspot.com

rentrée 2015

le séminaire se transforme et devient gestes ambigus, coordonné par Valérie Boudier et Anne Creissels


séance du vendredi 12 juin 2015


Christine Vial-Kayser, conservatrice du patrimoine, chercheur associé à Paris 1- Hissa, et enseignante à l'Institut catholique de Paris, travaille sur l'art contemporain global, mais surtout sur l'Asie, s'intéressant notamment aux problématiques de la construction des subjectivités à travers le corps, les objets, les images, christine.vialkayser(at)gmail.com 

« Shilpa Gupta, le geste artistique comme réparation métaphorique de la séparation des peuples » 

Shilpa Gupta (b. 1976) est une artiste contemporaine indienne vivant à Mumbai. Ses installations mélangent un cadre conceptuel solide avec des éléments sensoriels, mnémoniques et corporels. Beaucoup de ses œuvres sont liées à la relation avec l'autre, et le Pakistan est l'un de ces "autres" implicites ou explicites. La raison, dit-elle, est que son enfance a été marquée par la violence intercommunautaire. Son travail est en quelque sorte consacré à réparer cette lacune de la compréhension de l'autre. Par un ensemble de travaux relatifs à la frontière avec le Pakistan, elle tente de rappeler métaphoriquement ou manifester la pulsation de la vie, que ce soit à travers des œuvres
liées aux vaches qui paissent dans les no-man’s land ou une performance de broderie sur une bande de tissu qui redessine la ligne dite Radcliffe, la frontière conçue à la hâte par le Raj britannique afin de séparer les deux pays en 1947.

1:14.9, 2011–12. Polyester thread, wood, glass, and brass, (163 × 55.9 × 50.8 cm), A.P. 1/2, edition of 3. Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Guggenheim UBS MAP Purchase Fund, 2012, 2012.148. © Shilpa Gupta. Installation view: No Country: Contemporary Art for South and Southeast Asia, Solomon R. Guggenheim Museum, New York, February 22–May 22, 2013. Photo: Kristopher McKay



séance du vendredi 29 mai 2015

Elsa Laurent & Jocelyne Vaysse 

Photographe, Elsa Laurent conduit depuis plusieurs années des ateliers de pratique photographique dans le cadre du dispositif interministériel "Culture à l'hôpital" mise en œuvre par la DRAC et l'ARS.

Jocelyne Vaysse est docteur en Médecine (Psychiatrie) et Docteur en Psychologie, HDR, auteure de La Danse-thérapie, Histoires, Techniques, Théories, Ed. L’Harmattan, 2006, jocelynevaysse(at)orange.fr 

 « Arrêt sur images : regards croisés sur la danse et le soin » 

L’univers de la folie croise l’univers de la danse… Il s’agit d’un double témoignage à partir d’"images"prises sur le vif au sein d’activités-danse en psychiatrie : celles d’une photographe (Elsa Laurent) qui assiste à un groupe d’expression corporelle mené par une danseuse et celles d’un médecin - danse-thérapeute (Jocelyne Vaysse) qui capte quelques instantanés au cours de séances de mouvements dansés à visée thérapeutique. 

Ces photos, bien que « arrêt sur image », suggèrent la dynamique qui y règne, les expériences sensibles de ces patients hospitalisés et les corps ordinaires en état de danse. Les expressions spontanées, improvisations, attitudes libérées et rythmées, élans d’énergie… révèlent la force créative émergente, l’émotion présente, les interactions empathiques… très loin des clichés trop souvent péjoratifs accolés à la maladie mentale et au handicap psychique. 

De plus, au décours d’une séance, les échanges verbaux habituels entre patients et intervenants sont riches en élaboration, aident à l’ancrage dans la réalité et au retour à la vie socialisée. Il s’agit aussi de discuter de l’esthétique captée par la photographe et du travail soignant à l’œuvre menée par la thérapeute. Si ces photos « parlent » sans passer par les mots, elles alimentent aussi des discussions et réflexions sur la portée de l’art - dont la danse - en tant que participation effective et complémentaire aux soins proposés (médicaments, entretiens, atelier d’art-thérapie dont la photo, la musique, la peinture…). 

La présence d’artistes non thérapeutes à l’Hôpital, CMP, Foyer… est aujourd’hui acceptée mais surtout sollicitée, l’institution se portant alors garante du cadre contenant de l’atelier, attentive à ses effets au plan de la santé. 



"Pendant des mois, Elsa Laurent, photographe, a suivi le travail accompli, sous la direction d’une intervenante et d’une chorégraphe, par des patients internés en psychiatrie. Les images qui en résultent ouvrent donc notre regard sur trois champs d’investigation distincts, qui entrent ici en résonance et en interaction : celui de l’esthétique photographique, celui de la danse contemporaine et celui d’un projet thérapeutique. Dans le geste photographique va se nouer un rapport du physique au mental, qui engage autant la question de la folie que celle de la création chorégraphique." Des corps en tension, ou détendus par l’intensité d’un travail de long terme ; des visages concentrés ou flottants. Une volonté d’abandon qui devient, par la magie de la danse, le contraire du délaissement auquel ils ont été précédemment soumis. C’est à repenser ces paradoxes, et à les mettre en images, que vise ici la photographie." 
Extrait du texte de Christiane Vollaire sur le travail d’Elsa Laurent, Avril 2012



séance du vendredi 17 avril 2015

XL Pleasures
Pierre Larauza est un artiste pluridisciplinaire (plasticien, architecte, scénographe, metteur en scène et réalisateur) impliqué dans des projets collectifs et individuels dans les domaines des arts visuels, des arts vivants, de l’architecture et du cinéma. Pierre est co-fondateur et directeur artistique depuis 2003 de t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e dont les spectacles et films expérimentaux sont diffusés dans le monde entier. Nourries d’un dialogue intime entre phénomènes urbains, arts plastiques et chorégraphie, ses créations proposent des dispositifs scénographiques hybrides présentés sur scène ou dans l'espace urbain. Parallèlement à ses créations, il s’associe à des projets multiculturels et développe une démarche pédagogique. www.pierrelarauza.net, pierre(at)transitscape.net

t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e croise et confronte la danse, les arts plastiques et le cinéma dans des pièces chorégraphiques et des films de danse. Créé en 2003 à Hong Kong par l’artiste Pierre Larauza et la chorégraphe-danseuse Emmanuelle Vincent, t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e est basé à Bruxelles depuis 2004. Leurs créations scéniques et leurs performances urbaines s’inscrivent dans un rapport particulier à l’espace de représentation. Parallèlement à leurs créations, ils s’associent à des projets multiculturels et ont une démarche pédagogique à travers des workshops ou leur école de danse La Confiserie.



séance du vendredi 20 mars 2015


Anaïs Bourquin, plasticienne et danseuse de butô, Théâtres d'émotions, anais.bourquin(at)gmail

« Bas les masques! Le butô comme chamanisme contemporain » 

Le butô cherche la naissance du mouvement et du son, surgissement des origines via la matière chair, souffles de vie nés de l'urgence d'Être.

On questionnera cette pratique dans une perspective historique et anthropologique, mettant en évidence le rôle paradoxal du masque, les liens du butô avec le chamanisme mais aussi avec les pratiques performatives et les écrits occidentaux.

À travers ce parcours, le butô apparaîtra dans sa complexité, ses ramifications multiples et son insaisissable nature.

Le rapport au public sera en particulier interrogé.





séance du vendredi 20 février 2015

Antonella Polidoctorat en philosophie à l’EHESS, chercheure en danse, membre de l’ACD, journaliste, fondatrice de la revue on-line Notedidanza.fr, antonella.poli(at)notedidanza.fr

« Danse et mémoire » 

Le questionnement sur les rapports entre danse et mémoire a été depuis plusieurs années au centre des débats d’historiens, chorégraphes et interprètes. 


Comment pourrait-on mettre fin à la rhétorique qui considère la danse comme un art éphémère ? Quels pourraient être les facteurs déterminants et les outils pour faire reconnaître à juste titre la danse comme art vivant ? 


Cédric Andrieux et Véronique Doisneau de Jérôme Bel et la Cinquième Position d’Andrea Sitter peuvent constituer une base de réflexion pour découvrir la vision de ces deux artistes autour du thème de la transmission.




séance du vendredi 23 janvier 2015

anne creissels / compagnie a + b objet danse
la découpe des culottes, une performance théorique
Fondation d'entreprise Ricard, 22 septembre 2014
programme Partitions performances proposé par Christian Alandete
Anne Creissels

« Incorporer le savoir : gestes de délivrance » 

 Qu’est-ce que le savoir fait au corps ? Qu’est-ce que le corps fait au savoir ? Le savoir a-t-il un corps, un sexe ? Peut-il s’incorporer ? Incorporer le savoir, incorporer la théorie, ne serait-ce en altérer l’autorité et modifier les conditions de sa réception ? Qu’en est-il de la place et du statut du corps, en particulier féminin, dans l’acte de langage et vis-à-vis du savoir ?

Face aux mythes et images qui structurent nos identités, comment penser une "délivrance" du savoir qui passerait par le corps ? Et quelle place le geste tient-il dans cet imaginaire des corps ?





séance du vendredi 12 décembre 2014

Biliana Fouilhoux, Maître de conférences en danse à l'université de Lille

« Quelles temporalités et spatialités interactives dans Now de Caroline Carlson et Souterrain de Myriam Gourfink (zoom sur le contact et l'image du corps)? »

Les terrains immersifs (practiced based dance research, cf. bilianamitate.blogspot.fr sur les processus de création de Souterrain dans le cadre du projet Labodanse (labodanse.org), en collaboration avec Myriam Gourfink, et de Now au Théâtre de Chaillot, résidence bi-annuelle pour Carolyn Carlson, m'ont offert une riche traversée d'états de corps multiples (entraînement avec les danseurs/es des compagnie) et des questions partagées : 

Temporalités et spatialités interactives

Quelles expériences du temps incarné et de l'espace subjectives, par la mise en mouvement de corporéités spécifiques et de création singulières, se manifestent à travers ces écritures chorégraphiques ? 

Contact et image du corps

Dans les deux pièces le contact est minutieusement chorégraphié : par des partitions d'inspiration labanienne et un travail sur les sens subtil (yoga de l'énergie) par Myriam ; par des projets dramaturgiques tissés sur le principe de stream of consciousness en images associatives par Carolyn.

Comment est-ce que cela fonctionne et quelles modifications de la perception de soi en termes de body image apparaissent à travers des études de dessins, entretiens, observations et témoignages croisés ?




séance du vendredi 20 juin 2014

Stéphanie Herfeld, vidéaste et chercheuse indépendante, a étudié les arts plastiques au Central Saint Martins College of Art and Design à Londres et a obtenu un master mention ‘Art et langage’ à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, gsvv(at)fefeld.com

 « Voir et se mouvoir : la performance des images de Marie Menken » 

 La vidéodanse ou la screendance puise ses origines dans les films de l’avant garde européenne, la comédie musicale, le cinéma expérimental de Maya Deren, et les films de danseurs tels que ceux de Amy Greenfield. 

Si cette pratique pluridisciplinaire implique toujours d’une manière ou d’une autre le corps dansant dans l’image, on peut aussi considérer, dans son contexte, les images mouvantes sans figure corporelle qui fonctionnent sur un paradigme chorégraphique et qui naissent de la performance gestuelle du cinéaste.



séance du vendredi 23 mai 2014

Christine Roquet, maître de conférences, et Valentina Morales, doctorante, département danse, Université Paris 8

« Pina Bausch, danseuse »

Notoirement connue comme chorégraphe, Pina Bausch était aussi, et surtout, danseuse. Nous tenterons ensemble d'ouvrir notre regard sur la qualité du geste bauschien, d'en esquisser une analyse et d'en soulever les enjeux esthétiques. 

Nous le ferons à partir de la lecture d'extraits vidéos mais également à partir d'une pratique d'atelier très simple qui accompagnera cette proposition.



séance du vendredi 18 avril 2014


Franck Boulègue et Marisa C. Hayes sont les fondateurs et co-directeurs du Festival International de Vidéo Danse de Bourgogne (www.videodansebourgogne.com) ainsi que de la compagnie Body Cinéma (www.bodycinema.com). Leur travail est principalement consacré à la danse pour la caméra, une pratique hybride pour laquelle ils ont reçu le prix Susan Braun de la New York Dance Films Association/Dance on Camera Festival, ainsi que d'autres récompenses. Leurs publications sur l'histoire de la danse, de la vidéo danse, et du cinéma sont incluses au sein de divers livres et journaux de recherche en France, aux Etats-Unis, et au Royaume-Uni. Ils témoignent tous deux d'un intérêt particulier pour le patrimoine du ballet Le Sacre du printemps à travers l'histoire.


« Sacre/ilège(s) – Le Sacre du printemps - un projet de vidéo danse collective qui rend hommage au centenaire du Sacre du Printemps, en le revisitant sous l'angle de cette discipline »

Les 5 films du projet Sacre/ilège(s), regroupant 65 artistes en provenance de 25 pays différents, visent à rendre hommage comme il se doit au premier centenaire du Sacre du Printemps, l’oeuvre séminale de Vaslav Nijinsky (chorégraphie) et d’Igor Stravinsky (musique). Cette oeuvre révolutionnaire, montée à l’origine par les Ballets Russes en 1913, a été réinterprétée à de multiples occasions sur scène, et ce par les plus grands chorégraphes – de Mary Wigman à Pina Bausch, en passant par Maurice Béjart et Jean-Claude Galotta, entre autres. Le Sacre du Printemps, en revanche, n’avait pas encore donné lieu à de relecture exclusivement destinée à l’univers du cinédanse. C’est ce à quoi nous avons souhaité remédier avec ce projet, initié et porté par la compagnie Body Cinéma et le Festival International de Vidéo Danse de Bourgogne.

Cette présentation du projet s'agencera autour d'extraits du film et examinera en quoi consiste un pareil travail collectif. Elle abordera également la question de la collaboration internationale autour des outils numériques et virtuels, ainsi que l'évolution du Sacre du printemps au travers de la vidéo danse : la réinvention de ses thèmes pour l'écran à l'aide de styles cinématographiques et chorégraphiques très divers, tels que les motifs du cercle et des cycles, de la nature, de la place des individus au sein d’un groupe, etc.



séance du vendredi 21 mars 2014

Iaro Râsoma est danseuse, chorégraphe et fondatrice de la Somapoétique®, une approche de conscience du mouvement par la danse et la littérature. Elle dirige BARE (Body & Arts Research Experiment) Centre d’Art Expérimental du Mouvement dédié à la recherche-création et à la transmission de la danse Somapoétique®. Son désir de défricher les zones inconscientes du corps la conduisent ainsi à développer son travail sur les processus intuitifs en jeu dans la naissance du mouvement, à partir d’un travail de recherche portant sur la naissance du Verbe au coeur de l’expérience corporelle. contact(at)bare-dance.com 

« La somapoétique® : une pensée de l'être en mouvement »

Qu’est-ce que la Somapoétique® ? Un mot qui résonne comme un déjà-vu et pourtant l’apparente consonance ne fait tic qu’à ceux qui s’intéressent à ces étranges manifestations du corps ou du "somatique"… Et nous répondrons le Verbe acéré à tous les travers de la langue, qu’une pensée en mouvement est née des amours irréversibles de la poésie comme danse des mots et de la danse comme poésie des corps. 

Selon une double focale kinesthésique et chorégraphique, la Somapoétique® propose d’approcher une voie de réunion de l’Être, au coeur du corps en mouvement. À travers une lecture ontosymbolique (en grec, onto signifie Être et sumbolon veut dire relier, unir) de l’écriture littéraire, il s’agit d’aborder le processus symbolique à l’oeuvre dans les textes, vers l’intériorité du corps créateur. L’ontosymbolisme est une approche de lecture des textes littéraires, pour découvrir les modalités de l’Être ou de Soi, au coeur du corps. 

L’auteur abordera comment la Somapoétique®, basée sur une conscience intuitive du mouvement, permet de "lire" un texte en mouvement et ouvre de nouvelles dimensions chez le "danseur-interprète" comme moyen de corps-naissance de Soi (du corps naît le sens/naître avec le corps). Cette présentation aborde l’état de cette recherche actuelle entre rigueur, mouvement, expérimentation et intuition. 



séance du vendredi 21 février 2014

Claudia Kappenberg, artiste dans les domaines de la danse et de la performance, dirige le programme de Masters « MA Performance and Visual Practices » à l'Université de Brighton. Elle est co-fondatrice du « White Market project », un collectif de performance, directrice de l’ « International Screendance Network » (réseau international de vidéo danse) avec des chercheurs et des artistes basés au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et rédactrice en chef de l’ « International Journal of Screendance ». http://arts.brighton.ac.uk/screendance 

« La Politique du discours dans les formes d'art hybrides » 

Cette intervention s'appuiera sur une pratique artistique internationale en pleine croissance connue sous le terme de vidéo danse (également connue sous le termes de screendance en anglais, mais aussi de danse pour la caméra, de film de danse, etc). 

En 2010, un groupe international de chercheurs composé d'artistes, de critiques, de chercheurs et d'activistes a lancé le premier journal de recherche entièrement consacré à la vidéo danse. intitulé “International Journal of Screendance”, publié par Parallel Press, Wisconsin-Madison, aux Etats-Unis, et produit en collaboration avec l'University of Brighton au Royaume-Uni. Le journal est une plateforme de débat pour une pratique artistique internationale qui est interdisciplinaire et qui possède une longue histoire, qui remonte à l'avènement du cinéma lui-même, mais qui est peu publiée dans un contexte académique ou critique. Les contributions au journal emploient une critique rigoureuse, fondée sur des méthodologies pré-existantes ainsi que sur d'autres méthodologies qui demeurent encore à articuler, en provenance des domaines de la danse, de la performance, des arts plastiques, du cinéma et des arts médias, et qui s'appuient sur leurs pratiques, leurs technologies, leurs théories et leurs philosophies. 

Claudia Kappenberg, rédactrice de “l'International Journal of Screendance”, présentera le journal et analysera la quête d'identité dans les formes d'art hybrides telles que le cinéma expérimental, la performance et la vidéo danse, et leurs oscillations entre la confirmation de frontières et le croisement des disciplines. Cette présentation s'appuiera sur les discours et les politiques entourant “l'Expanded Cinéma” des années 60 et 70, et affirmera qu'il existe des parallèles convaincants dans le domaine de la vidéo danse. Cette conférence a été donnée pour la première fois lors du “Symposio Pensar la Videodanza III”, Instituto Universitario Nacional del Arte, Buenos Aires, en Argentine.



séance du vendredi 24 janvier 2014

Patrick Gaïaudo, à travers un travail personnel et de collaboration, est engagé dans une recherche théorique (Thèse de doctorat) sur la question de « l’Exposition chorégraphique ». En 2011/2012, il reçoit une Aide à la recherche du Ministère de la Culture (DGCA, CND) pour le projet « Enter the image », soutenu par le Centre Chorégraphique de Montpellier, dans le cadre des Résidences d’écriture et de recherche chorégraphique (ReRc), p.gaiaudo(at)noos.fr 

« Loïe Fuller : Généalogie d’une danse qui institue un lieu » 

 Loïe Fuller institue un lieu, caractérisé par son opposition au tout "montrable", un espace vide de contenu, un espace évidé de toute marchandise identifiable, de tout objet de prédation ou de différenciation. Développant un dispositif de monstration efficace et concurrent à ceux de son temps, elle met en lumière une aspiration au vide, une page blanche, dans une spirale infinie qui s’élève à la force des bras. 

Avec un processus de création transfigurant l'appareillage de son époque dans sa mise en scène même, Loïe Fuller ouvre la danse à la modernité d’un art réflexif, tout en questionnant les capacités du mouvement à interroger le réel.




séance du vendredi 20 décembre 2013

Jocelyne Vaysse, auteure de La Danse-thérapie, Histoires, Techniques, Théories, Ed. L’Harmattan, Paris, jocelynevaysse(at)orange.fr 

« Mouvements dansés, soins et recherches » 

L’utilisation des mouvements dansés à visée soignante incluant la danse-thérapie (DT) prend sa source dans la danse mais s’écarte de sa finalité spectaculaire, technique et performative. Elle bénéficie des courants de la danse, de son aura et d’influences socio-culturelles (danse-transe, danses africaine, traditionnelle, académique, expressionniste, modern’jazz, hip-hop…) et est couplée à des approches psychologiques. S’y ajoutent les apports des techniques "somatiques", de la communication (la motricité - postures, gestes, mimiques - étant une voie majeure d'expression et de régulation des émotions) et d’analyse du mouvement (dynamique Bartenieff ; poids - temps - espace - énergie de l’Effort-Shape de Laban…). 

Ces différentes filiations ont façonné sa richesse actuelle, étendue à l’accueil des artistes non thérapeutes dans le cadre des institutions soignantes (Hôpital, CMP…), à l’aspect "auto-soignant" par la pratique de la danse en tant qu’artiste ou amateur face à la maladie, au deuil… . Cette orientation spécifique de la danse met le corps (dansant) en position d’objet et d'instrument des soins. D’autre part l’accent est mis sur ses ressources, si bien que le handicap (mental, psychique, moteur) n’est pas un obstacle, le recours positif au potentiel du corps éclairant autrement la problématique axée sur les déficits. 

La mémoire du corps et les vécus des sujets, les mouvements dansés, émotions, images mentales produits "parlent" sans passer par les mots. Ainsi, les éléments de la danse (rythme, coordination, tonus, relâchement, contact…), l’expressivité via les mouvements spontanés et les improvisations (avec ou sans thème) plus souvent que les mouvements imposés, les expériences motrices (sortir des schémas répétitifs) et les échanges dansés alimentent une séance de DT (avec ou sans musique). Mais au-delà de cette visibilité, la stimulation interne des processus psychiques est attendue : créativité, changement, imaginaire, empathie, symbolisation via symboles et archétypes… , provoquant une (ré)organisation psychomotrice et suscitant conscientisation, élaboration, estime de soi, résilience. 

La diversité actuelle des pratiques permet des réponses appropriées face aux maux psychiatriques, addictifs, somatiques (cancer, Alzheimer, Parkinson…), des enfants aux adultes en souffrance (abusé, torturé, incarcéré, âgé…), en complémentarité et en alliance avec d’autres traitements. C’est aussi un facteur de (re)socialisation et un accès à un mieux-être dans une démarche de développement personnel.

Enfin, la danse à visée soignante est l’objet de recherches (stress, violence sociale, "counseling"…) quant à l’objectivation de ses résultats et de ses limites.



séance du vendredi 22 novembre 2013


Carine Plancke, docteure en ethnologie et anthropologie sociale, chercheure affiliée au Laboratoire d'anthropologie sociale, Paris, carine.plancke(at)gmail.com 

 « Danse, créativité et identité. L’exemple de la troupe rwandaise Inganzo Ngari » 

 Les recherches actuelles en anthropologie de la danse accordent une place prépondérante à la thématique de l’affirmation identitaire dans un contexte de globalisation croissante. 

Dans ce séminaire, j’examinerai quelles sont les conséquences sur les performances dansées et leurs processus créatifs de cette emprise d’enjeux identitaires sur fond d’ouverture aux flux interculturels, en prenant l’exemple du Rwanda. 

A cet égard, je me concentrerai sur la troupe Inganzo Ngari, qui a été crée en 2006 et qui exemplifie les transformations que manifestent les danses dans ce pays de l’Afrique de l’Est, lequel, dans un mouvement de rupture avec son histoire récente, œuvre à devenir un pays unifié, moderne et développé.




séance du vendredi 21 juin 2013

Léna Massiani, lenamassiani(at)hotmail.com 

« Le chorégraphe dans l'espace public : postures et responsabilité » 

Après avoir voulu assimiler la vie à l’art, après avoir voulu la représenter et l’exprimer, il semble que les artistes cherchent aujourd’hui à s’immiscer non seulement dans la vie mais dans la vie sociale. Nommées pratiques artistiques participatives par Louis Jacob, celles-ci nous permettent d’interroger la place de l’artiste, et pour ce qui nous concerne celle du chorégraphe, dans l’espace public. Le plus souvent présentées hors des lieux consacrés, ces pratiques favorisent toutes la rencontre, entre artistes et non-artistes, engagées dans un projet commun. 

Alors que pour certain il semble difficile d’admettre un transfert de responsabilité de l’artiste au spectateur, pour d’autre, l’espace public étant par nature un espace à partager ne voit là qu’une forme aboutie d'un art dit contextuel (Paul Ardenne). 

Quelle place occupe véritablement le chorégraphe lorsque celui-ci intervient dans l'espace public. Comment pouvons-nous dès lors définir d'une part la nature de ce geste dansé particulier et d'autre part la relation qui le lie à l'espace public et par extension au public de ces espaces?



séance du vendredi 17 mai 2013

Cécile Feza Bushidi, doctorante en histoire à la School of Oriental and African Studies/London University (directeur de thèse: Dr John Parker), cfbushidi(at)gmail.com

« Danse, histoire, et méthodologie : le cas de mwomboko »

Apparue au milieu des années 1920 au sein de l’ethnie Gikuyu qui, majoritairement, peuplait à l’époque coloniale l’actuelle province Centrale du Kenya, mwomboko est une danse composée d’au moins six séquences dont certaines incorporent des mouvements évoquant les danses de couples telles que la valse et le foxtrot. Mwomboko se danse au son d’un accordéon diatonique, du karĩng’arĩng’a (instrument formé à partir du noyau métallique d’un volant de direction et dont le son aigu est émis par la frappe des parois de l’engin circulaire avec une tige métallique), et de chants. Peter Mũhoro Mwangi (Mwangi 2002, 2006, 2007) et Josiah Ngige-Nguo (1989) s’accordent sur un aspect central de la sociologie de mwomboko. Selon eux, les premiers artistes de mwomboko sont des anciens soldats (askari) du regiment colonial britannique les Kings African Rifles. 

Cette danse était très populaire dans les années 1940 auprès des jeunes hommes (comprenant ces askari) et femmes Gikuyu non-mariés. Beaucoup avaient entre dix-huit et trente ans. Ces jeunes dansant mwomboko la nuit au pied des vallées et au bord des rivières qui dessinent les paysages des districts de Nyeri et Murang’a prirent part à la montée d’expressions anti-coloniales et nationalistes qui s’exprima de façon plus pressante à cette époque. Depuis l’indépendence du Kenya (1963), mwomboko est devenue une ‘tradition’ Gikuyu vivante. Dansée par des groupes culturels Gikuyu à l’occasion des fêtes nationales et festivals culturels, ou incarnant l’identité culturelle Gikuyu lors de spectacles de danse touristiques, mwomboko est une danse qui donne un mouvement original à l’histoire des Gikuyu.

L’immense contribution de l’historien John Lonsdale (1968, 1990, 1998, 1999, 2000, 2002, 2003) à l’historiographie Gikuyu, ainsi que les travaux de David Anderson (2005), Dereck Peterson (1997, 2000, 2004), Mbugua Wa-Mungai (2006, 2008), et Hervé Maupeu (2006, 2007) permettent à mwomboko de converser avec un vaste ensemble de thématiques proximales et distales à l’histoire des Gikuyu et du Kenya, et ce, depuis l’époque pré-coloniale jusqu’à nos jours. Ma recherche est une éthnographie historique qui adopte une approche diachronique. Je considère mwomboko comme un prisme au travers duquel on peut lire, ‘par le bas’, l’histoire sociale, culturelle, et politique des Gikuyu depuis les années 1920. Ce projet nécessite une étude interdisciplinaire sur le croisement entre cette danse de couple/évènement exécutée en groupe évoluant dans des contextes socio-culturels et politiques en pleine mutation et ses contextes multiples d’émergence et de développement. Mwomboko illustre et revisite sous un autre angle des conflits et débats entre personnes de classes d’âge, de générations, et de genres différents. Elle éclaire sur des formes et logiques particulières de loisirs et d’expressions identitaires de jeunes politisés et parfois radicaux. L’utilisation de mwomboko par les nationalistes naviguant entre les villes et les campagnes comme moyen de sensibilisation politique des masses rurales souligne le dynamisme des dialogues entre espaces ruraux et urbains pendant l’époque coloniale. Enfin, toute danse considérée ‘moderne’ à une certaine période pour ultérieurement rejoindre les traditions locales et nationales demande une analyse des dimensions culturelles, sociales, et idéologiques de la dichotomie ‘modernité’/’tradition’. Mwomboko introduit une réflexion sur la politique culturelle du premier président du Kenya, Jomo Kenyatta. Nous pouvons ainsi nous pencher sur les liens entre la danse ‘traditionnelle’, la notion d’identité nationale, la construction d’une politique sociale et culturelle inclusive, les politiques ‘d’authenticité’, et le tourisme. 

Dans un premier volet, mon intervention présente ce projet de thèse. Elle ouvre ensuite sur une discussion relative aux défis épistémologiques rencontrés dans la recherche des danses du passé. Enfin, j’interroge la manière dont la danse - qui est corporéalité, mouvement, émotion, organisation spatiale et genrée, et symbolique - défie les méthodes des savoirs traditionnels en histoire.



séance du vendredi 19 avril 2013

Mariem Guellouz, docteure en linguistique et sémiologie, université Paris Descartes, postdoctorante au centre d'anthropologie culturelle (Canthel-Paris Descartes) et bénéficiaire du fond de recherche du Centre National de la Danse- Paris, danseuse et professeur de danse à Paris, mguellouz(at)yahoo.fr

« Danse contemporaine au Maghreb / Danse contemporaine maghrébine : deux catégories pour penser la contemporanéité au Maghreb  »

Une réflexion sur la danse contemporaine au Maghreb nous amène à la question plus générale du corps maghrébin aux prises avec la contemporanéité. Nous proposons deux catégories pour penser cette danse : danse contemporaine au Maghreb et danse contemporaine maghrébine. Certains chorégraphes formés aux techniques contemporaines occidentales essayent de les reproduire telles quelles sur la scène Maghrébine. Ils veulent attribuer à la danse contemporaine un caractère non national, presque universel. C’est ce que nous appelons la danse contemporaine au Maghreb dans la mesure où sa pratique n’est pas assujettie au contexte culturel ou social. La deuxième catégorie, la danse contemporaine maghrébine, est un courant qui pour l’instant n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse. Il s’agit de chorégraphes qui rament à contre courant en revisitant le patrimoine maghrébin, entre ruptures et continuités. Il s’agirait alors de penser une contemporanéité qui serait propre à l’Histoire de ces pays et un mouvement artistique qui écrira sa propre histoire dans sa singularité et sa multiplicité. 

Ces catégories posent les problématiques suivantes : Peut-on parler d’un corps maghrébin contemporain dans des sociétés qui subissent la mondialisation sans participer pour autant à ses profondes transformations ? Si ce corps était pris aux rythmes d’une autre temporalité, défini par d’autres événements historiques, des stagnations et mutations qui lui sont propres, et si les rapports de forces qui le déterminent ont longtemps méconnu les convulsions et crises de l’Occident industriel, pourra-t-on tout de même parler d’une contemporanéité qui lui serait spécifique et respecterait ses singularités ? La danse contemporaine a-t-elle été importée ou est-elle le fruit d’un processus mondial et d’une logique de mondialisation des faits artistiques et culturels ? 

Les réponses à ces questionnements seront étayées par des extraits de spectacles et des propos d’artistes recueillis lors d’entretiens.



séance du vendredi 22 mars 2013

« In Utero Veritas »

Un projet de recherche-création par Biliana Fouilhoux, MCF en danse, Karin Bernfeld, docteur en Lettres et Guillaume de Delpes, Doctorant en musique 

Cette performance mêlant danse et musique expérimentale s’est déroulée le 6 octobre (pour Nuit blanche) et le 12 octobre 2012 dans le cadre de l’exposition Dans le ventre des femmes (conçue et organisée par Maïa Brami) qui s’est tenue dans la galerie 59 Rivoli à Paris, du 2 au 14 octobre 2012. L’exposition était une extension de l’ouvrage du même nom, sous la direction de Maïa Brami. 

Le livre  Dans le ventre des femmes est un recueil de textes et de créations autour de l’utérus. Pour l’exposition, les artistes étaient invités à présenter des travaux relatifs à leur participation au livre (photographies, peintures, sculptures, performances, etc.) 

Biliana Fouilhoux est danseuse et chercheuse, spécialisée en études chorégraphiques, pratiques somatiques et processus de création. Elle aborde les thématiques des idéologies du féminin, les fictions, les perceptions et les sensations en danse...



Karin Bernfeld est écrivain et comédienne. Son œuvre (Alice au pays des femelles, Apologie de la passivité, ...) est axée sur les questions du corps, des troubles du comportement alimentaire, et de l'identité sexuelle. Elle s'intéresse aux questions de féminité et de la transmission psychique et intergénérationnelle.
 

La démarche du projet ISO.thesis réside dans le mélange de matières en constante transformation, créant des paysages sonores contemplatifs. Aux frontières de l'ambient, des techniques de composition contemporaines et pour l'image, la musique se déploie comme un voyage dont le temps devient incertain.

http://www.youtube.com/watch?v=uPc4JZO-Lxs&feature=youtu.be



séance du vendredi 22 février 2013

Giorgio de Martino, giorgio_de_martino(at)hotmail.com 

« Qu’est ce que le Devakooth ? Quels sont ses gestes dansés ?  »

Cette danse rituelle féminine, qui est aussi un culte, et qui a lieu une fois tous les deux ans, se situe dans l’univers du Teyyam. Ce dernier est une performance keralaise (Inde du sud) de transe-possession immergée dans un parcours de transformation, de commercialisation et de globalisation qui a commencé dans les années 70. 

Le mot possession, comme transe, chaman et plusieurs autres mots fourre-tout, est souvent utilisé pour donner une idée générale d’univers "autres" difficiles à cerner et à imaginer. Le Teyyam est pratiqué seulement dans certains villages dans le nord du Kerala, dans les districts de Kannur, Kasarghod, Wayannad et Calicut. 

Performance rigoureusement masculine, où les hommes jouent aussi les rôles féminins, le Teyyam comprend seulement une danse interprétée par une femme : le Devakooth. Considérée comme une performance sans possession, donc un "non-Teyyam", le Devakooth peut être pratiqué seulement par des femmes ménopausées. La danseuse doit être choisie parmi des familles qui sont dépositaires de certains rôles du Teyyam. Elle va apprendre, et montrer, entre autres éléments, les gestes liés à la légende qui aurait donné naissance à cette danse. 

Ambujakshi, unique élève de Lakshmi Amma (interprète du Devakooth jusqu’en 2010) qui l’aide pendant sa performance



séance du vendredi 18 janvier 2013

Bruno Traversi, doctorant en philosophie – université Paris Ouest Nanterre, bruno.traversi(at)univ-lille3.fr

« Proprioception et transcendance. Étude du geste spontané dans la danse Kagura Mai »

Nous nous proposons de présenter une étude de la fonction des sensations proprioceptives dans le surgissement du sentiment d'un agir impersonnel lors du Kagura Mai – forme de kagura, danse extatique japonaise. Notre réflexion s'appuiera sur plusieurs témoignages recueillis lors de l'atelier "Intermède pour sorcières" qui constitue une reprise contemporaine de cette danse traditionnelle.

Comment les sensations proprioceptives indiquent-elles non pas un "je" mais un "ça", c'est-à-dire non pas un centre égologique mais un centre impersonnel s'opposant à la volonté des sujets au point de les contraindre selon une gestuelle ordonnée géométriquement ?

Nous ferons l'hypothèse d'une dimension transcendante de la proprioception ordinairement voilée.



séance du vendredi 14 décembre 2012

Simone Paterman, Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie (LLCP), Laboratoire Pratiques et Théories du Sens - Paris VIII- Saint Denis, spaterman(at)gmail.com

« Mouvement total : le geste du danseur comme espace ultime de liberté »

Plutôt qu'un détachement, la liberté est pour Bergson un ancrage à une dimension autre de la temporalité, insaisissable par la pensée occidentale : celle d'un "jaillissement de nouveauté imprévisible".

Le geste improvisé du danseur évolue dans cette immédiateté qui échappe souvent aux mouvements cristallisés par nos habitudes quotidiennes ; à l’intérieur de son corps, le danseur inaugure de nouveaux modes de sentir et d’appréhender le temps ; en élargissant le champ du sensible, il induit des formes nouvelles de subjectivité politique.

À partir de l’analyse de trois scènes du film Pina, de Wim Wenders (2011) nous allons mobiliser les idées d'Henri Bergson, Jacques Rancière, Marie Bardet et José Gil afin d'approcher la dimension politique du geste du danseur en ce qu'il reconfigure les limites du sensible, et crée un nouvel espace de liberté.



colloque à Nancy les 20 et 21 novembre 2012

« Femmes, attitudes performatives. Aux lisières de la performance et de la danse »

programme



séance du vendredi 15 juin 2012

Laura Silvestri, doctorante en anthropologie sociale et ethnologie, co-tutelle de thèse Università degli Studi di Torino (Italie) / EHESS, silvestrilau(at)yahoo.it

« Beauté en action : du combat au geste artistique »

 L’art martial kalarippayatt, tout en n’étant pas une danse, est promu au Kérala (Inde) en tant que "performing art", au même titre que de nombreuses formes dansées de théâtre et de rituel. Les théâtres kathakali et kutiyattam, et les rituels du teyyam et du patayani, n’en sont que quelques exemples. 

Dans cette perspective, c'est la valeur esthétique de ces savoirs qui est soulignée, alors que la fonction religieuse, dans le cas des rituels, ou la violence sous-jacente, dans le cas de l'art martial, passent à l'arrière-plan. Parmi ces arts, le kalarippayattu est celui qui rencontre le plus grand succès international, dû d'une part à son côté sportif, d’autre part à l'intérêt qu'il éveille parmi des danseurs et des acteurs, en Inde comme en Occident. Ceux-ci peuvent y puiser des éléments chorégraphiques, mais aussi l'utiliser pour améliorer leur préparation technique. 

En examinant les gestes des pratiquants dans des contextes différents, nous allons voir comment des techniques corporelles locales, emblèmes d’un esprit régional, sont relues (ou ré-agies) comme emblèmes cosmopolites.


Giorgio De Martino, M2 département de théâtre de l'université Paris 8, giorgio_de_martino(at)hotmail.com 

« Art et rituel, culte et performance, geste et possession : où va le Teyyam du Kerala ? » 

Le Teyyam du Kerala était une "danse du diable" pour les missionnaires et les colonisateurs, et pour certains il l’est encore aujourd’hui. Pratiqué par des experts de basse caste dans un groupe de villages au Kerala, en Inde du Sud, c’est une performance spectaculaire où, selon la tradition, le danseur peut être "possédé" par un éventail assez important de personnages : héros, dieux, esprits des lieux, êtres divinisés, malemorts, etc. 

Entre médiumnité et chamanisme, transe et possession, le Teyyam est fortement lié à un contexte culturel particulier. Cependant, selon l’approche avec laquelle on choisit de regarder les exhibitions de Teyyam, les gestes des performers peuvent prendre des sens très divers. Pour autant, serait-ce possible, pour un acteur occidental en quête d’expériences qui puissent enrichir d’une façon profonde son entraînement, de s’engager dans un apprentissage du Teyyam?






séance du vendredi 25 mai 2012

Claire Buisson est chorégraphe à l'intérieur du collectif dolce punto (D_P) et chercheuse en danse à l'université de Lille 3. Sa démarche porte sur la corporalité, comme réalité quotidienne, sociale, poétique et performative. Elle explore un territoire corporel transformable, polymorphe qui s’émancipe des limites et des codifications. Son approche vise à révéler les normes qui constituent notre réalité, pour s’en saisir avec inventivité. Son projet actuel d'installation-performance "je suis un poumon" est programmé en janvier 2013 au festival Vivat la Danse au Vivat-scène conventionnée d'Armentières.

« L'objectivation du geste comme processus de subjectivation » 

Je cherche à saisir en quoi la matérialité du geste dans le travail performatif peut devenir un territoire pour une expérience subjective libératoire.

Objectiver le geste, le dépsychologiser pour atteindre une matérialité du geste. Que devient alors le statut du sujet, du corps, du corps-sujet ? Que se joue-t-il dans cette dépsychologisation du geste ? Est-ce une perte du sujet ou au contraire un déplacement de la modalité d’être de la subjectivité ? Objectiver le geste serait en fait une manière de performer la subjectivité et constituerait une processus de subjectivation.

Comme l’ont mis en avant les travaux des communications studies (notamment E. Goffman, et ses travaux sur la communication non verbale), notre être est présent dans nos gestes et nos postures. Aussi aborder la production du geste par rapport à « la subjectivité corporelle », révéler la réalité corporelle des individus et des rapports humains, devient un territoire pour la construction d’identités diverses, et singulières.



séance du vendredi 6 avril 2012

Sabina Rossignoli, doctorante en anthropologie à l'université Paris Descartes, travaille sur les aspects transnationaux de la danse et sur la distinction (au sens bourdieusien) et la socialité dans les boîtes de nuit antillaises de la région parisienne, sabina.rossignoli(at)gmail.com

« off-stage et on-stage : catégories fluides de la performance »

Il est minuit d’un samedi soir d’automne, dans la banlieue parisienne sud. Dans le grand parking de la boîte de nuit l’Acropol, des groupes de femmes se maquillent, enfilent des talons hauts sur les sièges arrière de leurs voitures. C’est l’anniversaire d’un dj coté de la vie nocturne antillaise et trois mille personnes sont attendues pour le célébrer et assister aux showcase d’artistes dancehall de la Caraïbe française. Ces femmes ajustent leur style vestimentaire à la performance qui suivra au fil de la nuit, la performance du corps sur scène et sur la piste de danse.

Depuis les années 1970, les études subculturelles ont consacré leurs efforts aux styles vestimentaires et aux goûts musicaux des jeunes de la nuit. L’approche bourdieusienne de la distinction a été, dans ce cadre, cruciale pour définir l’importance du capital culturel dans les cultures de la jeunesse. Par contre, peu d’intérêt à été porté à la distinction dans le cadre des pratiques du corps dans ces cultures de la nuit. La vie nocturne antillaise en région parisienne, et particulièrement les pratiques de sociabilité au sein de ces boîtes de nuit, restent des sujets à explorer en anthropologie de la danse.

La compétence dans la danse assure un statut surtout aux femmes, qui ont peu de place dans une industrie culturelle dominée par les hommes. La mise en scène du corps dans l’espace semi-public de la boîte met en relation les nécessités de la respectabilité avec le désir d’émerger par la sensualité. Dans cette perspective, les femmes engagent des codes corporels différents et parfois conflictuels selon la place qu’elles occupent dans l’espace. Cette présentation vise à déchiffrer les motivations de ces femmes et les enjeux de la nuit, en les inscrivant dans la structure socio-économique de l’industrie de la vie nocturne antillaise.



Karen Turman, doctorante en littérature française à l’Université de Californie, Santa Barbara (thèse intitulée « The Marginality Behind the Marginality : Gypsies and Jazz Performers in Bohemian Paris »), karen.turman(at)gmail.com

« La danseuse bohémienne et la danseuse de jazz : deux figures marginales qui se croisent dans le mouvement »

Au dix-neuvième siècle, la bohémienne fait l’objet d’une sensationnalisation dans la littérature et l'art français. Cette figure exotique que l’on trouve en Europe depuis le 15ème siècle, émerge en effet sous sa forme mythique dans les oeuvres romantiques, représentant un modèle de liberté, d'émotion pure et de souffrance se transformant en performance joyeuse.

Un siècle plus tard, elle représente encore l'exotisme, une nature érotique, et la marginalité, en même temps qu’elle apparaît liée à une forme particulière : l'improvisation.

L’introduction en France de la danseuse de jazz dans les années 20 bouleverse, d’une façon similaire mais nouvelle, le public français. Ces deux figures jouent un rôle dans le développement des mouvements artistiques au dix-neuvième puis au vingtième siècle.

En s’appuyant sur des extraits littéraires, on soulignera les parallèles existant entre les représentations de ces deux figures de danse vernaculaire afin de montrer le recyclage artistique de leur marginalité.



séance du vendredi 16 mars 2012


Bénédicte Jarrasse, agrégée de lettres, actuellement doctorante en littérature comparée (5ème année) avec une recherche portant sur l'imaginaire de la danse au XIXe siècle (1830-1870), benedictejarrasse(at)yahoo.fr

« Le ballet romantique français au miroir du feuilleton : entre chronique du temps présent et construction légendaire »

Le ballet connaît au XIXe siècle un renouvellement esthétique notable, qui touche parallèlement l'ensemble des arts de la scène. La presse, en pleine explosion, se fait le relais des nouveaux spectacles qui s'offrent au regard du public. Des écrivains réputés - Gautier, Janin, Nerval... - participent non seulement à la promotion "quotidienne" de cette forme, mais contribuent aussi à en forger l'imaginaire.

Par-delà les contraintes inhérentes au genre, des images se font jour dans leurs écrits, d'autant plus lisibles lorsqu'on envisage le feuilleton non pas simplement de manière ponctuelle, comme une simple chronique de l'actualité du spectacle et des engouements d'une société mondaine, mais de manière séquentielle, sur la longue durée. Le dire de la danse romantique apparaît alors moins lié à la forme, demeurée hybride, qu'à la figure qui l'incarne et la résume, en l'occurrence celle de la danseuse principale. En consacrant le mythe de l'âge d'or du ballet, il contribue ainsi à construire une légende de la danse, qui participe parallèlement de sa légitimation sociale et esthétique.

Cette réflexion pourra être étendue à d'autres "formes" écrites et iconographiques (galeries dramatiques, histoires "fantaisistes" de l'Opéra...) très en vogue à la même époque.

Carlotta Grisi et Lucien Petipa dans le Pas du Songe, tiré de La Péri (ballet de Théophile Gautier, chorégraphie de Jean Coralli, musique de Friedrich Burgmüller, créé à l'Académie Royale de Musique le 17 juillet 1843)



conférence le vendredi 17 février 2012 à 19h



En écho à l'exposition Danser sa vie

Anne Creissels, Philippe Guisgand

« Étranges corporéités. Réflexions croisées à partir de 100% polyester, objet dansant n°(à définir) de Christian Rizzo et Caty Olive (1999) »

séance du vendredi 20 janvier 2012

Johanna Renard, doctorante, université de Rennes II, johannarenard(at)gmail.com

« Film de danse : le regard de Sharon Lockhart sur la danse de Noa Eshkol »

Noa, le dernier projet de Sharon Lockhart, photographe et cinéaste expérimentale américaine dont le travail met au jour la limite très ténue entre documentaire et fiction, permet de redécouvrir l’œuvre de Noa Eshkol (1924-2007). Cette chorégraphe et danseuse israélienne est surtout connue pour avoir créé, avec l’architecte Abraham Wachman, un système de notation du mouvement qui en a renouvelé la pensée et la représentation en apportant une vision plus globale et scientifique. Fascinée par la recherche très systématique autour de la dimension spatiale du mouvement mise en œuvre par Eshkol – mêlant danse, sculpture, dessin et création textile – et par la dévotion intense témoignée par les élèves de la chorégraphe à l’égard de ce système, Lockhart en a exploré dans deux films les différents aspects.

Montrant les exercices chorégraphiques du EWMN (Eshkol-Wachman Movement Notation) system pratiqués quotidiennement par les disciples vieillissantes de Noa Eshkol, la cinéaste aborde à la fois la question du travail quotidien et répétitif du mouvement, de la danse comme tâche, mais aussi les problématiques de la mémoire du geste et de sa transmission. Comme dans ses précédents films (Goshogaoka, Lunch Break), Lockhart pose un regard à la fois structuraliste et ethnographique sur le mouvement.

En se penchant sur son interprétation de la danse d’Eshkol, on montrera comment les deux pratiques, chorégraphique et cinématographique, s’influent et se contaminent mutuellement.

Sharon Lockhart, Noa, 2011



séance du vendredi 16 décembre 2011

Petra Kolářová, École doctorale Histoire de l’art, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Institut d’histoire de l’art, Université Charles de Prague, kola.petra(at)gmail.com

« Étienne Decroux : Portrait du mime en sculpteur »

Étienne Decroux (1898-1991), le père du mime corporel, disait que "le mime est à la fois statuaire et statue". Partant de cette métaphore, les relations qui se tissent entre l’art du mime et la sculpture seront abordées en plusieurs points.

Tout d’abord, la tradition du motif de mime-sculpteur sera évoquée à travers des exemples de la pantomime fin-de-siècle. Ensuite, l’approche particulière de Decroux à la sculpture sera mise en avant. Il s’agira de reconstruire son regard sur les statues, notamment celles d’Auguste Rodin, et la façon dont il "déménage" des formes. De plus, au-delà des simples superpositions formelles, Decroux reprend certains principes créatifs du sculpteur, à savoir l’immobilité, la fragmentation, la recomposition du corps.

Dans un sens plus large, il sera question d’étudier le rôle de l’image dans la constitution du mime corporel à travers des photographies d’Étienne Bertrand Weill et le film de Gilbert Comte. L’univers visuel d’Étienne Decroux, qui s’étend au-delà des formes sculpturales, sera enfin évoqué. Cette étude sera donc l’occasion de relever certaines questions méthodologiques autour des figures du corps qui traversent les arts visuels et les arts du spectacle.

« Que de troncs ! Autant que de ciels. » (Étienne Decroux, Le mime sous globe, 1954)
Collage des photographies fait par l’auteur : Étienne Decroux, La Méditation (photographie d’Étienne-Bertrand Weill, 1957) – Le ciel – Auguste Rodin, Le Torse d'homme, vers 1887



séance du vendredi 17 juin 2011

Audrey Gouy, doctorante à l'École pratique des Hautes Études à Paris et à l'Université Ca' Foscari de Venise, travaille actuellement sur la danse en Italie pré-romaine. L’objectif de sa thèse est de renouveler l’approche de la danse antique, notamment par l’utilisation de nouvelles méthodologies, par des orientations pluridisciplinaires et une mise en perspective de type comparatiste, audrey.gouy(at)voila.fr

« Le geste dansé et la compréhension du mouvement antique : problèmes et perspectives »

À partir des sources iconographiques étrusques nous nous interrogerons sur la représentation du geste de la danse et sur le mouvement qui peut être suggéré à travers l'image. Alors que les premiers travaux sur la danse antique privilégiaient une approche reconstructrice, proposant ainsi des reconstitutions tout à fait arbitraires, nous souhaitons revenir sur la lecture de l'image et en souligner l'importance.

Le geste dansé semble en effet répondre à des codes culturels de représentation, comme nous le verrons. Il doit être envisagé comme une construction destinée à suggérer un mouvement particulier et à véhiculer un discours précis. La construction qui est effectuée par les artistes, et qui diffère sensiblement d'une cité étrusque à une autre, serait en effet guidée par le message sous-jacent de l'image et fixée par le commanditaire.

De plus, en quoi pouvons-nous dire que les gestes représentés sont bien à rattacher à ceux de la danse ? Peut-on parler d'une culture chorégraphique étrusque ? Les gestes représentés et les mouvements suggérés étaient-ils réellement pratiqués ?

Notre intervention permettra de revenir sur ces points, et de les éclaircir. Elle sera aussi l'occasion de présenter l'état d'avancement de nos recherches.

Tarquinia, Tombe du Triclinium, détail de la paroi gauche, 470 avant J.-C. environ
Calque de Carlo Ruspi, XIXe siècle, conservé au DAI, Rome
D’après S. Steingräber,
Les Fresques étrusques, Paris, 2006, p. 420



séance du vendredi 20 mai 2011

Carole Drouelle, metteure en scène de textes contemporains, historienne, pratiquante d’aïkido, fait actuellement une recherche sur les liens des arts martiaux au théâtre à Paris 3, carole.drouelle(at)yahoo.fr

« Des arts martiaux à la danse en occident aujourd’hui »

Depuis les années 1960, les artistes occidentaux découvrent dans les arts martiaux à la fois une approche nouvelle du corps et de l’être, un cadre de travail et une source d’inspiration esthétique. La quête du geste pur du pratiquant d’art martial a alors rejoint la quête du geste expressif du chorégraphe.

De là découlent différentes démarches, de Carolyn Carlson à Akram Khan, dans lesquelles on peut déceler des ponts, des emprunts, des analogies avec les pratiques martiales et la philosophie qui les sous-tend.

On cherchera à voir en quoi cette interculturalité d’une part, et ce passage du martial à l’artistique d’autre part, ouvrent (ou non) de nouveaux champs au geste dansé.

Suzuki Harunobu, Yaba (la galerie de tir), XVIIIème siècle